Comment convaincre un fantôme de déménager?, par Maude Ménard-Dunn, ill. Sophie Bédard

Dans le mur d’une maison patrimoniale de Dunham, un petit village tranquille coincé entre deux vallons dans le coin des Cantons-de-l’Est, au Québec, le père de Dorothée Petit trouve une vieille boîte.

Le trésor qui s’y cache? Euh… un mouchoir douteux, une photo zéro rassurante et une lettre signée Doris Small datée de… 1895!

Cette capsule temporelle inspire la famille de Dorothée à créer leur propre capsule, et ainsi à se demander que/quoi laisser comme trace pour les générations futures.

Ainsi débute l’aventure de Dorothée, une jeune fille de 10 ans qui a une incroyable personnalité, un sens de l’humour fantastique, une répartie savoureuse. Un personnage bien campé, réaliste, auquel on s’attache presque d’emblée.

Je dis presque, parce que, à mes yeux de maman, l’ironie et l’absence (très vraie, et salutaire!) de gentillesse de la part du personnage m’a prise de court. « Bin là, dire ça de ses frères- du prof sévère- du prof de gym, c’est pas gentil-gentil. »
Puis, après deux répliques bien sentie, la réalité m’a sauté à l’âme: je lis le point de vue d’un enfant, qui ressemble au mien pas mal plus que j’aime l’admettre!!!
Débarrassée de mes lourdes lunettes de préjugés, j’ai plongé dans une histoire bien menée, joliment écrite, qui m’a laissé avec l’envie d’un tome 2, voire d’une longue série.

Ce roman destiné aux humains de 9 à 129 ans, un tout simplement délice de lecture, se trouve bonifié par des illustrations hilarantes et parfois irrévérencieuses (à l’image de Dorothée!), qui appuient les propos de la narratrice.

À la recherche d’une chouette histoire qui sort franchement des sentiers battus? C’est le moment de visiter votre librairie indépendante préférée pour mettre la main, et le coeur, sur Comment convaincre un fantôme de déménager? !

Prenez soin de vous, à bientôt !

Chère librairie, texte d’Emily Arrow, illustrations de Geneviève Godbout

Une traduction de l’anglais (États-Unis) par Luba Markovskaia

Cet album jeunesse, d’abord paru en mars 2025 en version originale anglaise, trouva sa place sur les tables et tablettes des librairies du Québec juste à temps pour un évènement bien spécial dans cette province du Canada: le 12 août, j’achète un livre québécois.
Quel est cet évènement provincial unique en son genre? La géniale équipe de la librairie indépendante Le Repère, une librairie spécialisée en littérature pour enfants et pour la jeunesse, explique:

Lancée en 2014, par les auteurs Amélie Dubé et Patrice Cazeault, l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois a été créé pour dynamiser le marché (du livre) du Québec et encourager les lecteurs à se tourner vers ce qui se fait ici. D’abord dans un événement Facebook où les gens étaient invités à présenter leurs achats pour inspirer d’autres lecteurs, cette journée devait être éphémère. Elle ne s’est pas essouflée au fil des ans. Depuis, la plupart des librairies portent une attention particulière à la mise en valeur des livres québécois. Un peu comme une fête, on célèbre le travail des auteurs.trices, des illustrateurs.trices et des maisons d’éditions d’ici.

Chère librairie

Cette histoire raconte la rencontre entre une enfant et la librairie indépendante de son coin de territoire.

L’enfant, la main tirant sur le manteau de sa mère, s’arrête sur le trottoir. De l’autre côté d’une vitrine, la couverture d’un livre captive son attention. La libraire, un chien enthousiaste près d’elle, l’observe tout en tournant la pancarte bringuebalante accrochée à la porte de sa librairie du côté « ouvert ».

L’enfant s’installe dans un fauteuil, ouvre le livre trouvé dans les rayons . Et l’enfant trouve sa place.

Une ode à l’imaginaire, au réconfort, à toutes les portes, fenêtres, murs que les livres ouvrent et abattent.

Une ode essentielle à l’importance des libraires, capables d’éteindre les cellulaires, de fermer les écrans, d’éblouir l’imaginaire auntant que le réel, grâce aux livres que tant d’auteurs.trices donnent au monde.

Les illustrations somptueuses de Geneviève Godbout, la douceur du trait, les contrastes de couleurs, toujours en douceur, soulignent l’émotion du texte tout en retenu de l’autrice.

Un album qui nourrit l’émerveillement. Des petits et des grands et même des vieux grands.

En souhaitant que l’émerveillement soit toujours dans votre vie, merci d’avoir pris le temps de lire.

Bonne lecture, à bientôt!

Eka Ashate : ne flanche pas, de Naomi Fontaine

Le récit commence entre deux rivières. Là nait la narratrice, sur le territoire Innu, occupé par la communauté Uashat et la communauté Apituamiss.

Ensuite, on plonge.

Dans le regard de la mère de la narratrice, qui, « si elle n’avait pas été une reine Je ne serais pas écrivaine » dit-elle en dédiant son livre à cette femme forte, empreinte dès l’enfance d’une idée qui la ferait longtemps souffrir: être blanc était mieux qu’être Innu.

Ensuite, on hurle.

De la constance des jours sur le territoire, la voix des ainés qui enseignent, le rythme des femmes qui préparent les repas, qui veillent. La voix du vent, celle de la forêt, quand les saisons se préparent à changer, à passer, à revenir. Des enfants libres et rieurs, soudain arrachés à leurs parents impuissants, trainés dans des pensionnats.
Des lieux de peur, de faim, de violence, d’abus physiques et sexuels. Au creux du lit, le sommeil n’amenant aucun repos. Juste la terreur d’être choisi cette nuit-là.
Le coeur de tant d’enfants devenu grands frémissent encore face à ce souvenir, bien qu’à l’abri dans la communauté, dans leur maison imposée.

Ensuite, on s’émeut.

Le souvenir du voisin qui voit passé dans la rue la mère de l’autrice, ses quatre bambins en file derrière elle, et qui dit à son épouse: « Voici la maman cane et ses cannetons. » Parce qu’on aura lu les douleurs qui précèdent ce moment doux, parce qu’on aura lu la persévérance, la reconnaissance, la tendresse du souvenir. La fierté, aussi, de la pieuse grang-mère autoritaire.

L’enfant Innu traité de maudit sauvage par l’enfant blanc dans la cour d’école. L’enfant Innu qui montre ce qu’est être sauvage et frappe l’enfant blanc au visage. Il sait, l’enfant Innu, utiliser des mots pour s’exprimer. Il sait que la réponse aux insultes n’est pas la violence. Il le sait, parce que l’enfant Innu n’est pas un sauvage.

L’homme âgé qui admire le corps sublime de sa femme, le corps rond, ridé, usé par les grossesses, le labeur, le temps. L’homme âgé qui embrasse les larmes de sa femme après l’amour.

Souvent, j’ai posé le livre. Submergée d’émotions, de beauté. Submergée de honte, de douleur.

Un récit d’une force immense, dans lequel s’immerger, duquel apprendre à comprendre, à écouter.

Tendresse, lumionisité, vent de la Côte-Nord et moiteur des étés dans la basse-ville de Québec, tout cela parsemé des souvenirs des ainés, de la famille.

Je souhaite une traduction dans toutes les langues.

Je rêve que ce livre devienne lecture obligatoire au Cégep.

Eka Ashate : ne flanche pas, un récit exceptionnel.

Bonne lecture, à bientôt !