Le livre que tout le monde a lu – 4

Un incroyable plongeon dans l’âme humaine qui secoue les idées reçues, ou mieux encore, les idées qu’on se fait du monde. Zou, à la bibliothèque, lecteurs-trices !

 

Madame Bovary. Vous la connaissez. Ou alors, vous avez passé son chemin un jour. Cette Madame Bovary pleine de charme, endettée, déçue de son mari, lassée de ses amants, incapable d’aimer sa fille, qui rêve à s’en rendre malade d’une vie de princesse mondaine qu’elle ne pourra jamais obtenir. Pour ma part, j’ai croisé deux Madame Bovary. Une personne emplit d’ambitions, un être qui a un rêve, qui travaille pour ce rêve, qui réalise ce rêve et qui est déçu. Invariablement déçu et insatisfait.

La Madame Bovary de notre époque, elle m’énerve un peu mais je ne peux m’empêcher de ressentir de la compassion pour ses rêves pathétiques de vie princière dans un monde glorifiant le commun, le médiocre, le juste-assez-pour-être-libre-de-juger toute personne qui sort du moule. Je compatis car certains de mes rêves, de nos rêves, meurent effrités par les exigences du monde et les limites de crédit des banques.

Le roman de ce cher Flaubert, condamné par le clergé lors de sa parution pour outrage aux bonnes moeurs (ils pouvaient bien parlé, ces douteux cathos…), est une lecture imposée dans nombre de collèges, ce qui en encourage peu à se frotter à la tranquillité de la vie de village à l’aube de la Belle Époque. Du courage, ce roman est un grand roman! Un incroyable plongeon dans l’âme humaine qui secoue les idées reçues, ou mieux encore, les idées qu’on se fait du monde tel qu’il était, est, sera.

Zou, à la bibliothèque, lecteurs-trices ! Et la version intégrale, si vous me permettez d’insister, vigoureusement.

Le livre que tout le monde a lu – 2

Et je mets au défi l’heureuse personne qui lira Orgueil et Préjugés (joli en français, mais à lire en anglais de préférence) pour la première fois de ne pas trouver dans les personnages de Jane Austen le reflet de bien des gens de sa connaissance…

Ce pauvre Orgueil et ces chers Préjugés…

J’ai lu, lu et relu tous les romans de Jane Austen. À 15 ans, on succombe à Orgueil et préjugés, et à 30 et des poussières, on est toujours sous le charme de ce roman lumineux.

Certes, ce roman est cinématographiquement surexploité, sur-romantisé, littérairement retrempé à toutes les sauces romanesques imaginables, de la fanfiction au roman policier en passant par les zombies et la romance. La curiosité est admirable, cependant je me tiens aussi loin que possible de cette overdose mercantile.

De même, tant et encore davantage de critiques, d’analyses, de résumés existent à propos de ce roman que je préfère humblement laisser aux professionnels et aux Janeites le soin d’en parler davantage.

Je me contente ainsi de partager une immense dose d’amour pour ce roman splendide, pour cette chère Lizzy et son Mr. Darcy, pour Mr. et Mrs. Benett, le coloré Mr. Wickham, le trop bon Mr. Bingley et ses affreuses soeurs. Pour la campagne anglaise, le thé de 4 heure, les rencontres dans les bois et la condescendance des riches de ce monde.

Et je mets au défi l’heureuse personne qui lira Orgueil et Préjugés (joli en français, mais à lire en anglais de préférence) pour la première fois de ne pas trouver dans les personnages de Jane Austen le reflet de bien des gens de sa connaissance ! Pour cette raison, et pour bien d’autre, l’oeuvre d’Austen traverse avec brio l’épreuve du temps. Son regard incomparable sur la nature humaine, l’absence de complaisance dans son écriture, voir de compassion transcende ses personnages. Quand on se découvre un Mr. Collins dans son entourage, le moment est secrètement délicieux.

Miss Austen, désolée pour l’adaptation cinématographique de votre oeuvre de jeunesse, vous savez, celle de 1940 avec Greer Garson et Laurence Olivier… Au nom du monde moderne, vraiment, vraiment désolée…

 

Le livre que tout le monde a lu – 3

J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

 

En français, c’est L’Attrape-coeurs. En anglais, c’est mieux, The Catcher in the Rye .

En gros, c’est le roman que tous les adolescents doivent lire, que tous les adultes devraient relire. Un jeune homme au coin de l’adulterie désabusée qui, malgré son incapacité à saisir la beauté, cherche à l’atteindre, la toucher, la retenir. Trois jours à New-York dans les années 50, la désillusion de l’après-guerre et l’espoir de dénicher une lueur de vérité à travers les épaisses couches de mensonge sur lequel la société continue son intraitable avancée vers le progrès. Résumé succinct à dessein, car bien d’autres en ont écrit de bien mieux. J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

J.D. Salinger, c’est un rythme singulier, un souffle déconstruit à rattraper constamment au fil de la lecture et qui soudain devient le souffle du lecteur. Difficile de mettre de côté ce roman majeur, incontournable, présent sur toutes les fameuses listes (grrrr, les listes, les listes, ma claque des listes, encore des listes, toujours des listes…) de livres à lire pendant qu’on peut, pendant qu’il n’est pas trop tard, pour se sauver un peu le coeur.

Certes, un roman que tout le monde a lu. Mais quel roman ! À lire dès 14 ans, en anglais si vous pouvez, en français tant que vous voulez (la traduction est excellente chez Pocket).