La maison du retour

Le narrateur refuse la fatalité, le conformisme, la victimisation. Élégante, sa joie de vivre!

 

Durant les douces années en librairie, une cliente a exigé le plus gentiment du monde que je lise ce roman par ce monsieur dont je n’avais jamais entendu parler, n’en déplaisent aux gens mieux informés de ce monde.

Entre les pages de La maison du retour, il y a ce bon vieux Virgile et sa poésie, une nature splendide, des mots grandiloquents allongés simplement entre un verre de Bordeaux et un crapaud bleu. Il y a le narrateur, journaliste, de retour d’une captivité forcée de trois ans au Liban, qui cherche ce qu’ il est devenu et qui cherche le bonheur de vivre, lentement. La lenteur, ce luxe que seul l’intellectuel bien nanti peut croire à la portée de toutes les âmes blessées, fatiguées, exsangues de quotidien, d’épreuves, de fins sans espoir de printemps, lce dans la lenteur est offerte au lecteur avec générosité, comme on partage un repas avec des amis intimes. Le narrateur refuse la fatalité, le conformisme, la victimisation. Élégante, la joie de vivre de Jean-Paul Kauffmann!

Comme la lande de Gascogne, dure et sèche, ressemble à un nuage confortable où il fait bon respirer, vivre, laisser aller dans ce roman à découvrir plus tôt que tard…

 

Le livre que tout le monde a lu – 4

Un incroyable plongeon dans l’âme humaine qui secoue les idées reçues, ou mieux encore, les idées qu’on se fait du monde. Zou, à la bibliothèque, lecteurs-trices !

 

Madame Bovary. Vous la connaissez. Ou alors, vous avez passé son chemin un jour. Cette Madame Bovary pleine de charme, endettée, déçue de son mari, lassée de ses amants, incapable d’aimer sa fille, qui rêve à s’en rendre malade d’une vie de princesse mondaine qu’elle ne pourra jamais obtenir. Pour ma part, j’ai croisé deux Madame Bovary. Une personne emplit d’ambitions, un être qui a un rêve, qui travaille pour ce rêve, qui réalise ce rêve et qui est déçu. Invariablement déçu et insatisfait.

La Madame Bovary de notre époque, elle m’énerve un peu mais je ne peux m’empêcher de ressentir de la compassion pour ses rêves pathétiques de vie princière dans un monde glorifiant le commun, le médiocre, le juste-assez-pour-être-libre-de-juger toute personne qui sort du moule. Je compatis car certains de mes rêves, de nos rêves, meurent effrités par les exigences du monde et les limites de crédit des banques.

Le roman de ce cher Flaubert, condamné par le clergé lors de sa parution pour outrage aux bonnes moeurs (ils pouvaient bien parlé, ces douteux cathos…), est une lecture imposée dans nombre de collèges, ce qui en encourage peu à se frotter à la tranquillité de la vie de village à l’aube de la Belle Époque. Du courage, ce roman est un grand roman! Un incroyable plongeon dans l’âme humaine qui secoue les idées reçues, ou mieux encore, les idées qu’on se fait du monde tel qu’il était, est, sera.

Zou, à la bibliothèque, lecteurs-trices ! Et la version intégrale, si vous me permettez d’insister, vigoureusement.

Le livre que tout le monde a lu – 3

J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

 

En français, c’est L’Attrape-coeurs. En anglais, c’est mieux, The Catcher in the Rye .

En gros, c’est le roman que tous les adolescents doivent lire, que tous les adultes devraient relire. Un jeune homme au coin de l’adulterie désabusée qui, malgré son incapacité à saisir la beauté, cherche à l’atteindre, la toucher, la retenir. Trois jours à New-York dans les années 50, la désillusion de l’après-guerre et l’espoir de dénicher une lueur de vérité à travers les épaisses couches de mensonge sur lequel la société continue son intraitable avancée vers le progrès. Résumé succinct à dessein, car bien d’autres en ont écrit de bien mieux. J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

J.D. Salinger, c’est un rythme singulier, un souffle déconstruit à rattraper constamment au fil de la lecture et qui soudain devient le souffle du lecteur. Difficile de mettre de côté ce roman majeur, incontournable, présent sur toutes les fameuses listes (grrrr, les listes, les listes, ma claque des listes, encore des listes, toujours des listes…) de livres à lire pendant qu’on peut, pendant qu’il n’est pas trop tard, pour se sauver un peu le coeur.

Certes, un roman que tout le monde a lu. Mais quel roman ! À lire dès 14 ans, en anglais si vous pouvez, en français tant que vous voulez (la traduction est excellente chez Pocket).

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