Le livre que tout le monde a lu – 3

J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

 

En français, c’est L’Attrape-coeurs. En anglais, c’est mieux, The Catcher in the Rye .

En gros, c’est le roman que tous les adolescents doivent lire, que tous les adultes devraient relire. Un jeune homme au coin de l’adulterie désabusée qui, malgré son incapacité à saisir la beauté, cherche à l’atteindre, la toucher, la retenir. Trois jours à New-York dans les années 50, la désillusion de l’après-guerre et l’espoir de dénicher une lueur de vérité à travers les épaisses couches de mensonge sur lequel la société continue son intraitable avancée vers le progrès. Résumé succinct à dessein, car bien d’autres en ont écrit de bien mieux. J’ai un faible pour ce jeune homme qui aspire, au creux de son coeur, à devenir autre chose que ce tous les adultes doivent devenir.

J.D. Salinger, c’est un rythme singulier, un souffle déconstruit à rattraper constamment au fil de la lecture et qui soudain devient le souffle du lecteur. Difficile de mettre de côté ce roman majeur, incontournable, présent sur toutes les fameuses listes (grrrr, les listes, les listes, ma claque des listes, encore des listes, toujours des listes…) de livres à lire pendant qu’on peut, pendant qu’il n’est pas trop tard, pour se sauver un peu le coeur.

Certes, un roman que tout le monde a lu. Mais quel roman ! À lire dès 14 ans, en anglais si vous pouvez, en français tant que vous voulez (la traduction est excellente chez Pocket).

Allah n’est pas obligé

 

Un roman imposé à l’école. Rarement ais-je appréciée les lectures imposées, si je les lisais jamais. Le titre de celui-là, puis l’histoire hors de mes yeux, mes oreilles et mes doigts, loin dans cette Afrique contemporaine imbibée de ce côté-ci du miroir de clichés coloniales débiles, s’est imprégnée dans mon souvenir.

Alors, je me souviens du poids d’une Kalachnikov en bandoulière sur l’épaule d’un orphelin de 12 ans, recruté par une bande de pillards. Il a tué pas mal de gens, beaucoup de ses amis enfants-soldats sont morts, raconte le quatrième de couverture. Le héros retrace son parcours, sans tristesse ni apparence de remords. Après tout, il n’avait pas le choix.

Époque de massacres, qui se perpétue encore aujourd’hui. C’est que les enfants continuent de naître et de manquer de tout, tandis qu’on fournit encore des armes à ceux qui vole de tout, au détriment de tous. Cercle vicieux, cercle immuable…

Ainsi que le déclare le personnage de ce roman illuminant : « Mais Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas. »

Ni Allah, ni Dieu, ni Hommes, ne sont obligés d’être justes. On le saura. Heureusement, certaines histoires tristes ont une fin heureuse… relativement…

Allah

La reine du fleuve

 

 La reine du fleuve est une jeune fille, Maia; une orpheline londonienne qui doit aller vivre chez des parents éloignés, au Brésil. Ces derniers, des gens malintentionnés qui en ont uniquement après son héritage, habitent près du Manaus, en Amazonie. Heureusement qu’elle a un goût pour l’aventure, car en compagnie de sa gouvernante, d’un apprenti acteur et du fils d’un botaniste reconnu, c’est ce qui l’attend !

Jamais un roman de la merveilleuse Eva Ibbotson ne m’a déçue jusqu’ici. Elle a ce talent incroyable de faire vivre aux lecteurs des aventures palpitantes sans tomber dans le mélodramatique ou pire, la surenchère. Et encore plus impressionnant, de nous ouvrir les yeux, l’esprit, le gros bon sens sur des réalités qui nous resteraient autrement étrangères. La digne héritière de Frances H. Burnett!

Je recommande aussi fortement Recherche sorcière désespérément, un titre moins connu mais jubilatoire!