Suis-je snob?

Cette profonde réflexion est livrée avec un ton humoristique que l’on retrouve peu chez cette auteure tourmentée.

 

Ce salon mythique a existé. Bloomsbury’s circle. L’émergence de nouvelles pensées, certaines dangereuses, d’autres nostalgiques, ou encore résignées. Le roman nouveau souffle sur le monde qui s’apprête à traverser une tempête d’humainerie atroce.

Le Memoir Club, un groupe d’intellectuels sévissant à la fin des années 30, s’interroge sur l’humain, ses travers, ses curiosités et le monde qu’il crée. Virginia Wolf, écrivaine, essayiste, intellectuelle, s’interroge quand à elle sur sa place au sein de ce gratin sélect d’invidus généralement fortunés. Ses raisons d’y être, sa légitimité d’y rester. Cette profonde réflexion est livrée avec un ton humoristique que l’on retrouve peu chez cette auteure tourmentée. Ce tour d’esprit sublime, ces mots qui toujours se remettent en question se donnent, simples et joyeux.

Quelques essais gouvernés par la méditation sur le snobisme, sur le rapport à l’autre, l’auteure ayant toujours en tête cette perspective de la hiérarchie, réalité qu’on aurait tort de remiser sous l’irritant prétexte que nous en soyons en 2014 (vous l’avez entendu à la radio, à la télé, sur le Ipad, ce commentaire aveuglé  »je peux pas croire qu’en 2014, il y ait encore des gens qui… » qui me vrille le peu de bon sens que la bonté de la nature daigne encore m’accorder). Un recueil qu’on aura un malin à lire et à réfléchir. Et, si je puis me permettre, bien traduit par les éditions Rivages.

 

La maison du retour

Le narrateur refuse la fatalité, le conformisme, la victimisation. Élégante, sa joie de vivre!

 

Durant les douces années en librairie, une cliente a exigé le plus gentiment du monde que je lise ce roman par ce monsieur dont je n’avais jamais entendu parler, n’en déplaisent aux gens mieux informés de ce monde.

Entre les pages de La maison du retour, il y a ce bon vieux Virgile et sa poésie, une nature splendide, des mots grandiloquents allongés simplement entre un verre de Bordeaux et un crapaud bleu. Il y a le narrateur, journaliste, de retour d’une captivité forcée de trois ans au Liban, qui cherche ce qu’ il est devenu et qui cherche le bonheur de vivre, lentement. La lenteur, ce luxe que seul l’intellectuel bien nanti peut croire à la portée de toutes les âmes blessées, fatiguées, exsangues de quotidien, d’épreuves, de fins sans espoir de printemps, lce dans la lenteur est offerte au lecteur avec générosité, comme on partage un repas avec des amis intimes. Le narrateur refuse la fatalité, le conformisme, la victimisation. Élégante, la joie de vivre de Jean-Paul Kauffmann!

Comme la lande de Gascogne, dure et sèche, ressemble à un nuage confortable où il fait bon respirer, vivre, laisser aller dans ce roman à découvrir plus tôt que tard…

 

Le livre que tout le monde a lu – 2

Et je mets au défi l’heureuse personne qui lira Orgueil et Préjugés (joli en français, mais à lire en anglais de préférence) pour la première fois de ne pas trouver dans les personnages de Jane Austen le reflet de bien des gens de sa connaissance…

Ce pauvre Orgueil et ces chers Préjugés…

J’ai lu, lu et relu tous les romans de Jane Austen. À 15 ans, on succombe à Orgueil et préjugés, et à 30 et des poussières, on est toujours sous le charme de ce roman lumineux.

Certes, ce roman est cinématographiquement surexploité, sur-romantisé, littérairement retrempé à toutes les sauces romanesques imaginables, de la fanfiction au roman policier en passant par les zombies et la romance. La curiosité est admirable, cependant je me tiens aussi loin que possible de cette overdose mercantile.

De même, tant et encore davantage de critiques, d’analyses, de résumés existent à propos de ce roman que je préfère humblement laisser aux professionnels et aux Janeites le soin d’en parler davantage.

Je me contente ainsi de partager une immense dose d’amour pour ce roman splendide, pour cette chère Lizzy et son Mr. Darcy, pour Mr. et Mrs. Benett, le coloré Mr. Wickham, le trop bon Mr. Bingley et ses affreuses soeurs. Pour la campagne anglaise, le thé de 4 heure, les rencontres dans les bois et la condescendance des riches de ce monde.

Et je mets au défi l’heureuse personne qui lira Orgueil et Préjugés (joli en français, mais à lire en anglais de préférence) pour la première fois de ne pas trouver dans les personnages de Jane Austen le reflet de bien des gens de sa connaissance ! Pour cette raison, et pour bien d’autre, l’oeuvre d’Austen traverse avec brio l’épreuve du temps. Son regard incomparable sur la nature humaine, l’absence de complaisance dans son écriture, voir de compassion transcende ses personnages. Quand on se découvre un Mr. Collins dans son entourage, le moment est secrètement délicieux.

Miss Austen, désolée pour l’adaptation cinématographique de votre oeuvre de jeunesse, vous savez, celle de 1940 avec Greer Garson et Laurence Olivier… Au nom du monde moderne, vraiment, vraiment désolée…